Soit le texte suivant :

1 Je tire les rideaux de ma chambre, je m’étends sur un divan, tout décor est aboli, je m’ignore

2 moi-même ; seules existent les pages du livre qu’une certaine fantaisie veut que je [………]. Et voilà

3 que m’arrive une de ces prodigieuses aventures que certains sages du taoïsme ont [………] :

4 abandonnant sur leur couche une dépouille inerte, ils prenaient leur essor dans les airs ; durant des

5 siècles, ils voyageaient à travers la terre et le ciel. Quand ils retrouvaient leur corps, celui-ci n’avait vécu

6 que le temps d’un soupir. Ainsi je vogue, immobile, sous d’autres cieux, dans des époques révolues, et

7 il se peut que des siècles [………] avant que je me retrouve, à quelques heures de distance, dans ces

8 lieux mêmes qu’en cette [………] je n’ai pas quittés.

9 Aucune expérience, [………], ne peut se comparer à celle-là. La rêverie manque de

10 consistance, la recherche des souvenirs s’essouffle vite. Reconstruire le passé par un effort dirigé ne

11 donne pas vraiment la jouissance de son objet. Spontanée ou sollicitée de [………] des faits, la

12 mémoire ne m’apprend jamais que ce que je sais. Les rêves, à mesure qu’ils se déroulent, s’effilochent.

13 Seule la lecture crée des rapports neufs et durables entre les choses et moi.

D’après Simone de BEAUVOIR, Tout compte fait, Gallimard, 1972